Communiquer avec son cheval : le pouvoir de la voix

Nous sommes 93 % à parler spontanément à notre cheval comme à un enfant. Mais est-ce vraiment efficace ? Si l’on pense souvent qu’une voix douce est la clé de l’apaisement, la science apporte des réponses beaucoup plus nuancées. Entre l’étude sur le franchissement d’une bâche sous ‘voix sèche’ et l’impact réel du Pet-Directed Speech (PDS), appelé aussi baby talk, découvrez comment votre ton influence réellement l’apprentissage et l’attention de votre cheval. Les résultats pourraient bien vous surprendre !

Voix douce vs Voix sèche : le test de la bâche

Parler à son cheval, je pense que tout le monde le fait. Les chevaux sont capables de lire et comprendre nos émotions, je vous en ai parlé dans cet article. Nous pouvons donc supposer que le ton de la voix que nous utilisons pour leur parler jouera également sur leur façon d’agir et de réagir. Un groupe de chercheur s’est donc posé la question si le fait de leur parler d’une voix douce ou d’une voix plus sèche jouait sur leur apprentissage lorsqu’une nouvelle tâche leur était apprise. 

Protocole de l’étude : 107 chevaux face à l’inconnu.

107 chevaux âgés de 3 à 26 ans (moyenne d’âge 10ans) ont été choisis pour l’étude.

Les chevaux se trouvaient dans 2 écuries aux US et 7 écuries en Europe.

Pour la première fois de leur vie il leur a été demandé de passer sur une bâche au sol (de couleur verte ou grise) en main. Les personnes tenant les chevaux étaient toutes des femmes. Elles avaient un protocole à respecter afin que tous les chevaux ait exactement les mêmes réactions de leur part. 

Les chevaux étaient divisés en deux groupes :

  • 58 chevaux étaient dans le groupe de « la voix douce »
  • 49 chevaux étaient dans le groupe de « la voix sèche »

Lorsque les chevaux passaient la bâche ou posaient un pied dessus dans le calme, les personnes tenant les chevaux devaient dire « good horse (bon cheval)» d’une voix douce ou « quit it (arrête ça) » d’une voix sèche.

La voix des personnes était bien sûr enregistrée et passé dans un logiciel afin de s’assurer que le ton de la voix était vraiment différent.

Le rythme cardiaque des chevaux était mesuré, leur comportement était noté et le temps qu’il leur a fallu pour passer sur la bâche la première fois dans le calme était enregistré.

Voici ce qu’ils ont trouvé :

  • Peu importe le groupe, les chevaux âgés de plus de 20ans ont passé la bâche plus rapidement que les chevaux âgés de 3-4ans.
  • Le sexe du cheval n’impactait pas le résultat peu importe le groupe

Et là où ça devient hyper intéressant ce sont les résultats en fonction du ton de la voix. 

A l’inverse de toute attente, les chevaux dans le groupe « voix sèche » ont mis moins de temps à passer la bâche dans le calme et leur rythme cardiaque ne différait pas des chevaux dans le groupe « voix douce ». Cela prouve donc qu’une voix sèche ne les stress pas.

Les hypothèses des chercheurs : émotions vs fréquences sonores.

Voici les suppositions des chercheurs :

  • Les chevaux ne font pas la différence entre une voix douce et une voix sèche

a.     Soi parce qu’ils ne les entendent pas comme nous. Même si le logiciel confirme que les fréquences utilisées auraient dû être entendues comme nous par les chevaux

b.     Soi parce qu’ils se réfèrent à nos émotions et non au ton de notre voix

  • Les chevaux ne se réfèrent pas à notre voix pour un apprentissage comme celui-ci
  • Il faut que les chevaux soient familiers avec les personnes pour que le ton de leur voix les impacte
  • Dans l’étude un renforcement négatif était mis en place: pression au licol jusqu’à ce que le cheval avance un membre. Il se peut donc que les chevaux se réfèrent plutôt à cela que réellement à notre voix.

Le langage « bébé » (PDS) : une vraie piste scientifique ?

En psychologie, les termes motherese, parentese ou infant-directed speech (IDS) désignent la manière particulière dont les adultes s’adressent aux bébés. On emploie également le terme baby talk pour le désigner. Ce langage se caractérise par une voix plus aiguë, des intonations marquées, des répétitions et une forte charge émotionnelle. De nombreuses études montrent qu’il favorise l’attention, l’apprentissage et le lien social chez l’enfant. Lorsqu’il est utilisé avec les animaux, on parle alors de pet-directed speech (PDS).

Les chevaux sont-ils sensibles à ce type de langage ?

On sait déjà que les chevaux sont particulièrement réceptifs aux émotions humaines. Des travaux menés par l’INRAE et l’IFCE ont montré qu’ils reconnaissent les expressions faciales humaines, réagissant de manière plus tendue à un visage en colère et plus détendue à un visage souriant. En revanche, l’effet du PDS n’avait encore jamais été étudié chez le cheval.

Une enquête préalable menée auprès de 845 cavaliers et propriétaires révèle pourtant que 93 % d’entre eux utilisent spontanément ce type de langage avec leur cheval, alors que seuls 44 % pensent que l’animal y est réellement sensible.

Deux expériences pour mesurer l’impact du PDS

Des éthologues ont mené deux tests sur 20 chevaux n’ayant jamais été exposés au PDS. Lors d’un premier test de pansage, les chevaux à qui l’expérimentateur parlait avec un langage de type PDS se montraient plus calmes, plus attentifs et engageaient davantage de comportements de toilettage mutuel. Ces réactions n’étaient pas observées avec un langage neutre, dit adulte.

Un second test portait sur la communication référentielle, c’est-à-dire la capacité à comprendre une indication humaine. Lorsque l’expérimentateur utilisait le PDS en pointant l’emplacement d’une récompense, les chevaux choisissaient significativement plus souvent le bon seau.

Ce que cela change dans votre quotidien aux écuries

Ces résultats montrent que le PDS capte l’attention du cheval et facilite la compréhension des intentions humaines. Utilisé lors des soins, du travail ou des interactions quotidiennes, il pourrait améliorer la communication homme-cheval et contribuer au bien-être de ces animaux particulièrement sensibles à notre état émotionnel.

Conclusion

Ces deux études mettent en lumière la complexité de la communication vocale. D’un côté, le test de la bâche nous surprend en révélant que le ton — sec ou doux — n’impacte ni le stress ni la rapidité d’apprentissage lors d’une tâche de franchissement. De l’autre, l’usage du « baby talk » (PDS) prouve son efficacité pour capter l’attention et apaiser le cheval au pansage. Toutefois, une nuance s’impose : capter l’attention ne garantit pas nécessairement un meilleur apprentissage. Si la voix est un levier émotionnel indéniable, son rôle pédagogique reste à préciser. La science n’a pas encore livré tous ses secrets : il est essentiel de continuer les recherches pour affiner notre langage et mieux comprendre comment nos chevaux nous écoutent réellement.

Etudes

Camie Heleski Carissa Wickens, Michela Minero, Emanuela DallaCosta, Cen Wu, Elena Czeszak, Uta Köenig von Borstel. 2014. Do soothing vocal cues enhance horses’ ability to learn a frightening task?

Léa Lansade, Miléna Trösch, Céline Parias, Alice Blanchard, Elodie Gorosurreta, Ludovic Calandreau, Horses are sensitive to baby talk : Pet-directed speech facilitates communication with humans in a pointing task and during grooming. Animal Cognition 2021