
L’utilisation du tord-nez chez le cheval est une pratique courante lors de soins vétérinaires ou de la tonte, souvent justifiée par l’idée qu’il procure un effet anesthésiant naturel. Mais cet outil favorise-t-il réellement le bien-être équin ou masque-t-il une douleur intense ?
Si la libération d’endorphines est souvent mise en avant, de nouvelles études scientifiques interrogent l’impact réel du tord-nez sur la fréquence cardiaque et le niveau de stress du cheval. Entre croyances ancestrales et réalité physiologique, plongeons dans les mécanismes de cette technique pour comprendre si elle apaise vraiment votre compagnon ou si des alternatives comme les soins coopératifs devraient être privilégiées.
Comment fonctionne le tord-nez ?
Un tord-nez est en général un bâton sur lequel est attachée une corde plus ou moins épaisse. Cette corde sera passée autour du nez du cheval dans le cas du tord-nez, ou autour de l’oreille du cheval dans le cas du tord-oreille. La corde sera ensuite serrée jusqu’à ce qu’elle comprime le nez ou l’oreille.
Le tord-nez ou le tord-oreille : quel choix faire ?
Soyons clairs d’emblée : le tord-oreille est une pratique à bannir définitivement. Au-delà des dommages physiques qu’il peut causer aux structures fragiles de l’oreille, il génère un stress massif. Les séquelles émotionnelles peuvent durer des semaines, un point crucial que nous aborderons plus bas à la lumière de la première étude scientifique sur le tord-nez et tord oreille.
D’après les croyances autour du tord-nez et du tord oreille, ils permettraient d’avoir le contrôle du cheval grâce à la libération d’endorphine.
Libération d’endorphines et gestion de la douleur
Les endorphines sont des hormones produites naturellement par notre cerveau. Étymologiquement, endorphine signifie :
Endo : à l’intérieur du corps
Morphine : un opiacé qui soulage la douleur.
Donc oui, endorphine signifie un anti-douleur naturel du corps.
Le corps produit et libère donc des endorphines dans plusieurs situations :
- En cas de stress ou de douleur afin de les atténuer
- Lors de moments plaisants afin d’en profiter davantage
- Lors d’efforts afin d’atténuer les potentielles douleurs liées à l’effort et de procurer du plaisir.
Chez le cheval, des endorphines sont par exemple libérées lors de l’allogrooming qui est un moment plaisant, mais aussi en cas de stress (séparation avec les copains ou la poulinière, transport, nouvelle écurie etc.). Elles sont également libérées, comme pensé, lorsque vous lui mettez un tord-nez ou tord-oreille.
Mais du coup, plusieurs questions se posent : comment savoir si les endorphines sont liées à quelque chose de plaisant ou au contraire de stressant voire douloureux ? Comment savoir quelle action le tord-nez a réellement ?
Plaisir ou douleur procuré par le tord-nez ?
D’autres facteurs peuvent être pris en compte afin de définir si la libération d’endorphines est liée à une douleur ou à un bien-être :
- Le rythme cardiaque + la variabilité cardiaque (le RC augmente lors de stress ou de douleur).
- La dilatation des pupilles (la taille des pupilles augmente significativement en cas de stress ou douleur).
- Le taux de cortisol dans la salive (le cortisol augmente significativement en cas de stress ou douleur).
Et ça, ce sont exactement les données que je vais vous partager sur l’action du tord-nez.
Les études du jour
Aujourd’hui, je vous partage 3 études sur le tord-nez. Malheureusement, bien que cette technique soit employée couramment, il y a encore peu d’études sur le sujet.
Utiliser le tord-nez ou le tord-oreille pendant 15 minutes
La première étude (Flakoll et al., 2017) a comparé l’utilisation du tord-nez et du tord-oreille afin de comprendre leur action et de savoir si ces techniques peuvent être utilisées pour apaiser le cheval lors de soins vétérinaires. Pour cela, ils ont utilisé le rythme et la variabilité cardiaque, le taux de cortisol salivaire ainsi que le comportement du cheval.
Les chercheurs ont recruté 12 chevaux pour l’étude. Ils les ont divisés en 2 groupes : 6 chevaux ont eu le tord-nez pendant 15 mins, 6 chevaux ont eu le tord-oreille pendant 15 mins.
Les chercheurs ont :
- pris les données cardiaques avant l’application du tord-nez et tord-oreille, ainsi que pendant et après.
- prélevé la salive avant et après afin d’analyser le taux de cortisol.
- subjectivement analysé si les chevaux se laissaient facilement toucher la zone du nez et des oreilles avant et après l’application du tord-nez/oreille.
- Ils ont réitéré cette observation 4 semaines après l’utilisation du tord-nez/oreille.







