Faut-il corriger la dissymétrie musculaire d’un cheval de sport ?

Dès lors qu’il y a une dissymétrie musculaire, nous voulons la corriger, mais avons-nous raison ?

Chaque corps trouve sa propre façon de compenser pour rester performant.

Un exemple célèbre ? Usain Bolt souffre d’une scoliose sévère, ce qui ne l’a pas empêché d’être l’homme le plus rapide du monde. Chez le cheval, le principe est identique : face à une pathologie ou une dissymétrie, le corps s’adapte et met en place des schémas compensatoires pour continuer à fonctionner.

Notre rôle en tant que thérapeutes ou propriétaires n’est pas toujours de vouloir tout « redresser » à tout prix, mais plutôt d’accompagner le cheval dans sa compensation et de veiller à ce que les structures qui fournissent cet effort supplémentaire restent en forme.

Étude de cas : Un cheval de course sur le podium

Symétrie du cheval de sport

Ce cheval de course a terminé sur le podium de ses 4 dernières courses sans montrer de douleur apparente. Pourtant, à l’examen visuel, les dissymétries musculaires sont frappantes. Je vous laisse regarder la photo pour voir si vous arrivez à les observer.

Dissymétrie du cheval de sport
  • Brachios (sous l’encolure) : Dissymétrie nette visible à la base de l’encolure.
  • Pectoraux et extenseurs des antérieurs : Développement musculaire très inégal entre le côté gauche et le côté droit.
  • Posturale & Répartition du poids : Bien qu’il ne se tienne pas au carré, le cheval bascule clairement son poids sur l’antérieur gauche et engendre une rotation de sa cage thoracique. Les épaules semblent à des hauteurs différentes, mais il s’agit en réalité d’un effet d’optique causé par le manque de masse musculaire d’un côté.

La cause probable & Le dilemme du thérapeute

Au vu du développement musculaire accumulé, cette compensation n’est pas récente. Elle est très probablement liée à un problème au niveau des cervicales basses, des premières thoraciques ou du sternum.

Je l’ai vu la première fois à 8 jours d’une échéance importante, deux options se présentaient :

  1. Chambouler la posture : Tenter de redresser le cheval immédiatement, au risque de dérégler tout son système d’adaptation, de provoquer une boiterie de compensation ou d’engendrer une forte fatigue.
  2. Accompagner la compensation : Soulager les tensions musculaires tout en le laissant dans son schéma actuel pour ne pas perturber ses repères avant la course.

Résultat et observations en piste

Vous vous doutez bien que l’entraîneur a choisi de faire courir le cheval. Il a de nouveau décroché un podium ! Cependant, l’analyse vidéo de sa course a révélé un détail crucial : au-dessus de chaque obstacle, le cheval se décalait très fort sur la gauche, ce qui lui faisait perdre un temps précieux et le déstabilisait à la réception. Pourtant, il était encore gagnant.

Vouloir « redresser » un cheval qui compense depuis des années prend énormément de temps, et rien ne garantit qu’il retrouvera le même niveau de performance une fois « droit ». Cette compensation à toutefois écourter sa carrière. Et c’est là ou l’éthique est compliqué entre performance et bien-être. Mais ce n’est malheureusement pas moi qui décide de son sort. Mon boulot est de lui offrir le meilleur suivi possible pour préserver son confort physique au quotidien et c’est ce que j’ai fait, même si je n’étais pas en accord avec l’entraineur.

Dans votre pratique du quotidien

Dans cet exemple, il s’agissait d’un cheval de course qui s’entraînait presque toujours à la même main, ce qui a débuté sa compensation. Mais n’oubliez pas : en tant que cavalier, votre propre corps joue un rôle majeur ! Une raideur dans les hanches, un manque de tonus abdominal ou même un soutien-gorge inadapté (oui, c’est prouvé !) peuvent créer des dissymétries directement transmises à votre cheval. Heureusement, des exercices très simples permettent d’y remédier : une seule heure par semaine ou un peu de yoga suffit à faire la différence. Alors n’attendez plus pour prendre soin de votre cheval en commençant par prendre soin de vous !