« Plus de guêtres ni de protections ». Voici ce qu’on entend souvent de nos jours. Mais est-ce que cela convient à tous les chevaux ? C’est parti pour détailler ensemble tous les points à prendre en compte avant de décider de ne plus mettre de guêtre à votre cheval. Si votre cheval a besoin de guêtre, je vous ai mis en bas de cet article, un comparatif des guêtres trouvées sur le marché.
Faut-il mettre des guêtres ?
Quand on prépare notre cheval, le réflexe quasi automatique est de lui enfiler des guêtres ou des bandes pour « protéger ses tendons ». Mais s’est-on déjà demandé pourquoi cette zone est si fragile et si le fait de la surprotéger est vraiment efficace ?
Pour comprendre si les guêtres sont indispensables, il faut d’abord plonger dans la science du tendon. Les études scientifiques récentes tirent la sonnette d’alarme : nos programmes d’entraînement actuels manquent cruellement de données fondées sur des preuves (evidence-based). Ce manque de rigueur et de connaissances adaptées augmente considérablement le risque de blessures pendant le travail.
Pourquoi le tendon est-il une zone à si haut risque ?
Les facteurs qui déclenchent une tendinite sur le Fléchisseur Superficiel sont nombreux. Ils dépendent du quotidien, mais aussi du cheval :
- L’entraînement et l’environnement : Les variations brutales dans la fréquence et l’intensité des séances, la qualité des sols (trop profonds, trop durs) et le choix des équipements sont des facteurs de risque majeurs.
- Le profil du cheval : Son âge, sa race et son sexe entrent en compte. De plus, chaque cheval a des variations individuelles en termes de vascularisation du tendon, de flexibilité et de force intrinsèque. Ce sont ces détails biologiques qui font qu’un cheval va se blesser plus vite qu’un autre, ou mettre deux fois plus de temps à s’en remettre.
La vérité de la science : un ressort poussé à ses limites
La fragilité du tendon fléchisseur superficiel s’explique par sa nature même si on le compare à son opposé, le tendon extenseur
- Le tendon extenseur est un tendon de position : Il sert à guider le membre. Ses contraintes mécaniques sont faibles.
- Le tendon superficiel est un tendon de stockage d’énergie : C’est un véritable ressort. Sa structure est ultra-optimisée pour accumuler une force immense à l’impact et la restituer à la propulsion. Il travaille en permanence à la limite de la rupture physiologique.
Quel rapport avec les guêtres ? (Biothermie et dégradation)
C’est là que l’analyse biothermique de la recherche devient cruciale pour notre question de départ. En agissant comme un ressort élastique, le tendon superficiel monte naturellement très haut en température pendant l’effort.
Une étude phare (Wilson & Goodship) a mesuré la température centrale (à l’intérieur même du tendon) de chevaux galopant à une vitesse tout à fait classique de 33 à 38 km/h (9,3 – 10,5 m/s) sur tapis roulant sans guêtre.
- La température du cœur du tendon commence à grimper dès le début du galop à un rythme de 2°C à 4°C par minute.
- En seulement 5 petites minutes de galop, la température moyenne atteinte au cœur du tendon était de 43,3°C (avec des pics enregistrés à 45,4°C sur certains chevaux !).
Il faut savoir qu’au dessus de 42 degrés, les cellules tendineuses commencent à se dégrader.
Si on lui ajoute des protections inadéquates, non respirantes ou mal ajustées, on crée un effet d’enceinte thermique qui emprisonne cette chaleur. Les cellules tendineuses, déjà poussées à leur maximum par l’effort, subissent alors un stress thermique qui altère leurs propriétés matérielles, accélère leur vieillissement et favorise les micro-lésions.
Pour autant les guêtres ne sont pas à bannir. Elles peuvent être utiles dans de nombreuses situations. Comme toujours, avec les chevaux, il faut savoir s’adapter.
Problème de proprioception

Certains chevaux peuvent se toucher même sur le plat, leur mettre des guêtres va alors les protéger. Cela est notamment le cas pour les jeunes qui manquent souvent de proprioception. Quand j’entends : « au pire il se touchera une fois et il ne recommencera pas », ça me fait doucement sourire. En effet, si le cheval a des problèmes de proprioception il se touchera encore et encore et mettre des guêtres peut justement éviter que le cheval se fasse mal. Cela est valable pour les jeunes mais aussi dans le cas de certaines pathologies. Une fois qu’il sera parfaitement coordonné, il n’en aura peut-être plus besoin, il faut savoir s’adapter à chaque cheval !
La discipline
Certaines disciplines comme le cross, nécessite pour moi l’utilisation de guêtre. Avec la science on sait désormais quel type de guêtre est respirante, résistantes au choc etc. Je vous ai d’ailleurs dédié un article sur le sujet (lien en bas).
Le cheval qui n’a jamais eu de guêtre
Si le cheval n’a pas l’habitude de mettre des guêtres, ne lui en mettez pas !! Les guêtres modifient la locomotion du cheval, aussi légères qu’elles soient ! Vous ne me croyez peut-être pas, et c’est pour cela qu’on en parle dans le stage de locomotion. Les participants sont toujours choqués d’observer la différence avec et sans (les guêtres ou cloches).
Bien choisir ses guêtres
Votre cheval a besoin de guêtres car il se touche ou est à risque de se blesser à l’obstacle ou en balade ? Voici un « guide » qui j’espère vous aidera à choisir les protections les plus adaptées.
Les points à retenir et paramètres à prendre en compte
1. Il faut que celles-ci soient respirantes. On en parle souvent, les tendons peuvent vite chauffer au travail, ce qui peut être néfaste pour leur santé.
2. Il faut qu’elles absorbent les chocs. Si votre cheval tape dans un obstacle (tronc ou autre), la protection doit pouvoir absorber le choc afin que les vibrations ne soient pas transmises au membre.
3. Il faut qu’elles soient légères. À partir du moment où vous ajoutez des protections vous modifierez la locomotion de votre cheval et donc mettrez plus de tension sur les membres.
4. Elles ne doivent pas retenir l’eau. Par temps de pluie, si vous traversez un gué ou une flaque, si la protection se gorge d’eau, elle deviendra très lourde mais risquera également de glisser.
5. Elles doivent être résistantes au tranchant. En effet le but n’est pas que la guêtre se déchire lorsque votre cheval frotte une branche ou un obstacle.
6. Et ENFIN, elles doivent être adaptées à votre cheval et ajustées correctement !!! Il ne faut pas qu’elles gênent les articulations ni qu’elles soient trop serrées (lire l’article ICI).
Comparatif de guêtres
Voici un comparatif des différentes guêtres sur le marché. Elles ont été testées par le Dr David Marlin, en fonction de tous les points énumérés ci-dessus. Sauf le point numéro 6 qui dépend de votre cheval.
Je vous ai ensuite classé les guêtres par discipline: CSO, CCE, dressage, loisir.







