Surpoids : Comment faire maigrir son cheval efficacement ?

Surpoids du cheval

Le surpoids chez le cheval est devenu une problématique silencieuse mais bien réelle. Derrière une apparente bonne forme se cachent souvent des déséquilibres métaboliques, articulaires et cardiorespiratoires qui compromettent la performance mais surtout la santé et le bien-être.
Les études montrent qu’un nombre croissant de chevaux de loisir, de sport et même de compétition présentent un score corporel supérieur aux valeurs recommandées. Cette tendance reflète une perception souvent faussée de la « bonne condition physique », où un cheval rond est encore trop souvent considéré comme un cheval bien nourri et en bonne forme physique.

« Je préfère le voir rond, plutôt que de lui voir les côtes ! » Je pense que nous avons déjà tous entendu cette phrase.

Pourtant, l’excès de masse grasse entraîne des conséquences mesurables : surcharge articulaire, résistance à l’insuline, troubles inflammatoires chroniques et thermorégulation altérée. Les chercheurs alertent sur la nécessité de détecter précocement le surpoids et d’intervenir avant que les effets ne deviennent irréversibles.

Cet article fait le point sur les causes, les conséquences et les solutions validées par la recherche pour faire maigrir votre cheval. Comprendre comment l’alimentation, l’exercice et le suivi morphométrique permettent de restaurer la santé métabolique du cheval, sans privation ni stress est primordial. Alors ne perdons pas de temps !

Comprendre le surpoids du cheval : un enjeu majeur de santé

La santé du cheval dépend étroitement de sa condition corporelle. Celle-ci correspond au rapport entre la masse grasse et les tissus non adipeux de son organisme. Selon plusieurs études, plus de 18 % des chevaux dans le monde sont en surpoids ou obèses. Ce déséquilibre résulte souvent d’une consommation énergétique supérieure à la dépense quotidienne.

L’excès de poids entraîne de multiples complications, comme la résistance à l’insuline ou le syndrome métabolique équin. Ces troubles favorisent une mauvaise régulation de la température corporelle, la fourbure, ainsi qu’une baisse des performances sportives. Les chevaux en surpoids accumulent de la graisse sous la peau et autour des organes, à cause de l’hypertrophie et de la multiplication des cellules adipeuses.

Évaluer le surpoids du cheval : au-delà du simple coup d’œil

Les chercheurs insistent sur l’importance d’évaluer avec précision la condition corporelle du cheval. Se fier uniquement à l’œil ou à la balance peut être trompeur. Il faut également se rappeler que le poids total ne reflète pas toujours la proportion de masse grasse. En effet, deux chevaux de même poids peuvent présenter des compositions corporelles très différentes.

Le Body Condition Score : un outil pratique mais subjectif

Le Body Condition Score (BCS) est aujourd’hui la méthode la plus répandue pour évaluer l’état corporel. Il repose sur une échelle de 1 à 9 (ou de 1 à 5 en fonction du pays ou vous êtes), où 1 correspond à un cheval très maigre et 9 à un cheval obèse. Cette méthode, décrite par Henneke et al., s’appuie sur l’observation visuelle et la palpation de six zones clés : encolure, garrot, dos, côtes, croupe et base de la queue.

Cependant, malgré sa simplicité, le BCS reste une mesure subjective. L’expérience de l’évaluateur, la race ou la conformation du cheval peuvent influencer la note attribuée. Certaines études ont d’ailleurs montré une variabilité importante entre observateurs, ce qui limite la précision de cet outil lorsque plusieurs personnes notent le même animal.

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Le Cresty Neck Score : zoom sur la graisse de l’encolure

Pour compléter le BCS, Carter et al. ont proposé le Cresty Neck Score (CNS), une méthode spécifique à la région de l’encolure. Sur une échelle de 0 à 5, elle permet d’estimer l’épaisseur et la fermeté des dépôts adipeux localisés au niveau de la crête. Cette zone est particulièrement surveillée, car elle est étroitement liée au risque de résistance à l’insuline et de syndrome métabolique équin.

Les chercheurs remarquent que les poneys et certaines races rustiques présentent souvent un CNS élevé, même lorsque leur BCS reste modéré. Cette dissociation montre que la répartition des graisses importe autant que leur quantité totale.

Un surpoids souvent sous-estimé : quand la perception trompe la réalité

Les chercheurs soulignent que le surpoids du cheval reste largement sous-estimé, aussi bien par les propriétaires que par les professionnels. Les études montrent que la majorité des propriétaires ne reconnaissent pas toujours le surpoids de leur cheval, surtout lorsque celui-ci semble « en forme » ou « bien nourri ».

L’étude de Wyse et al. (2008) révèle que plus de la moitié des chevaux observés étaient en surpoids, mais que la plupart de leurs propriétaires les considéraient comme ayant une condition corporelle normale. D’autres travaux, comme ceux de Harker et al. (2011), confirment ce biais d’évaluation : la perception du corps du cheval varie selon le niveau d’expérience et la discipline pratiquée.

Des divergences entre professionnels

Les professionnels eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord. Les vétérinaires, les nutritionnistes et les entraîneurs utilisent des référentiels différents, ce qui crée des écarts dans l’évaluation du Body Condition Score. La variabilité entre observateurs, déjà décrite dans les études de Henneke et al., complique encore la comparaison des résultats.

Certains travaux récents montrent également que les juges en compétition notent plus favorablement les chevaux présentant un léger surpoids. Cette tendance pourrait renforcer la norme esthétique d’un cheval « rond » ou « bien rempli », perçu comme en meilleure santé ou mieux préparé. Cette pression implicite peut pousser les propriétaires à maintenir un poids excessif, sans en mesurer les risques métaboliques. Cela pourrait notamment être le cas en dressage ou encore en showing.

Un enjeu de sensibilisation

Ce décalage entre la réalité physiologique et la perception visuelle explique pourquoi de nombreux chevaux restent en surpoids sans intervention. Les chercheurs appellent donc à une meilleure formation des propriétaires et des professionnels pour reconnaître plus objectivement l’état corporel de leurs chevaux.

L’importance d’une évaluation régulière

La prise et la perte de poids ne se jugent pas à la vue, mais à la mesure. Les chercheurs recommandent un suivi basé sur plusieurs indicateurs :

  • Le Body Condition Score (BCS) pour la masse grasse générale,
  • Le Cresty Neck Score (CNS) pour la graisse localisée sur l’encolure,
  • Les mesures du tour de cou, de poitrine et de ventre toutes les quatre semaines.

Ces paramètres permettent d’objectiver la progression. Par exemple, une réduction d’un point de BCS correspond en moyenne à 25 kg de perte de masse grasse chez un cheval adulte de 500 kg.
Le suivi photographique mensuel aide à visualiser les changements morphologiques souvent imperceptibles au quotidien. Ce suivi régulier permet de détecter précocement toute dérive du poids ou de la répartition des graisses, et d’ajuster l’alimentation ou l’exercice en conséquence.

Les outils de mesure plus précis : ultrasons et équations de prédiction

Pour affiner les évaluations, plusieurs études ont utilisé des outils plus techniques. Les ultrasons permettent de mesurer directement l’épaisseur du tissu adipeux sous-cutané à différents points du corps. Ces données sont ensuite intégrées dans des équations de prédiction de la masse grasse totale qui ont été validées scientifiquement.

Des outils récents, tels que l’EQUIFAT, proposent également une cartographie de la répartition des graisses internes et superficielles chez le cheval. Cette approche offre une vision beaucoup plus complète de la composition corporelle, bien au-delà du simple aspect extérieur.

Les conséquences du surpoids : un corps sous pression

Le surpoids du cheval affecte tous les aspects de sa physiologie et de sa performance. Chaque excès de graisse augmente le travail mécanique, le stress métabolique et les risques de pathologies. D’ailleurs, une recherche récente à mise en évidence que le surpoids pourrait être une des causes de l’asthme équin.

Surpoids et asthme

Albornoz et ses collègues ont découvert que l’obésité modifie le fonctionnement des neutrophiles, des globules blancs clés dans l’inflammation des voies respiratoires. Ces modifications aggravent l’inflammation et ralentissent la récupération des chevaux atteints d’asthme. Le contrôle du poids devient donc un élément essentiel du traitement de l’asthme, en complément d’un environnement peu poussiéreux, d’une médication adaptée et d’un apport en acides gras oméga 3. Si votre cheval est asthmatique, je vous conseille grandement de lire cet article.

Surpoids et ulcères gastriques

Il est courant de penser que les ulcères sont l’apanage des chevaux de sport vivant en box. Pourtant, une étude récente (Luthersson et al., 2025) menée sur 55 chevaux Islandais vivant en extérieur à l’année vient bousculer nos certitudes.

Le poids, un facteur de risque majeur

L’étude a révélé une prévalence impressionnante : jusqu’à 73 % des chevaux suivis présentaient des lésions squameuses significatives, prouvant que la vie au pré ne suffit pas à garantir une santé gastrique parfaite.

Parmi les facteurs de risque identifiés, un point doit attirer toute votre attention :

  • L’embonpoint (BCS ≥ 7) : Un score corporel élevé augmente considérablement le risque d’ulcères. Un cheval en surpoids n’est pas seulement à risque pour ses articulations ou son métabolisme ; son système gastrique est également sous pression.

Ce qu’il faut retenir : La gestion du poids n’est pas qu’une question d’esthétique ou de locomotion. Réduire la note d’état corporel de votre cheval est une mesure de prévention directe contre les douleurs gastriques. Un cheval « trop gros » est statistiquement un candidat plus probable aux ulcères, même avec un accès permanent à l’extérieur.

Poids additionnel et performance

Une augmentation d’un point de BCS correspond à environ 20–25 kg de graisse. Ainsi, un cheval avec un BCS de 7–9/9 peut porter 50 à 100 kg de poids supplémentaire par rapport à un poids idéal (BCS = 5). Cette surcharge impacte directement les performances sportives, la vitesse, l’endurance mais surtout la santé du cheval.

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