
Bienvenue dans la suite de notre dossier consacré au Syndrome Métabolique Équin. Si vous arrivez directement ici, je vous conseille vivement de prendre quelques minutes pour lire notre premier article sur les causes et les symptômes du SME. Comprendre les mécanismes de l’insuline et du stockage du fer dans les tissus est essentiel pour saisir l’importance des solutions que nous allons aborder maintenant.
Une fois que vous avez ces bases en tête, nous pouvons passer à la pratique ! Comment confirmer vos doutes avec un diagnostic précis ? Quels sont les leviers, médicaux ou quotidiens, pour stabiliser votre cheval et lui offrir une vie confortable malgré la maladie ? On vous explique tout grâce aux dernières recherches scientifiques.
- Méthodes et diagnostic
- Nouvelles piste de diagnostic
- Gérer le syndrome métabolique au quotidien
- La prévention commence par la sélection
Méthodes de diagnostic
Bien que la partie sur le diagnostic puisse vous sembler un peu rébarbative — car, après tout, c’est à votre vétérinaire que revient cette tâche — il est crucial pour vous d’en comprendre les différentes techniques.
Pourquoi ? Tout simplement parce que la gestion de votre cheval avant l’arrivée du vétérinaire peut grandement impacter les résultats. Qu’il s’agisse de respecter un temps de jeûne strict ou, au contraire, de s’assurer que le cheval a mangé pour éviter une hypoglycémie, votre rôle est déterminant. En comprenant le « pourquoi » de chaque test, vous évitez les erreurs de préparation qui pourraient mener à de faux résultats et retarder ainsi une prise en charge adaptée pour votre compagnon.
La suspicion d’un SME résulte en général d’observations : le cheval est en surpoids, il manque d’entrain au travail, il montre des comportements alimentaires inhabituels, il est sensible des pieds, etc. La plupart des symptômes reste assez peu précis et peut être mise en lien avec un bon nombre d’autres problématiques.
Des protocoles de tests ciblés par prises de sang permettent d’en avoir le cœur net – s’ils sont effectués dans les règles de l’art.
La RI (résistance à l’insuline) est relativement facile à déterminer, en particulier si plusieurs prises de sang sont prélevées sur plusieurs jours.
La DI (dysrégulation de l’insuline) se caractérise par des variations intempestives de la concentration d’insuline dans le sang : parfois les valeurs sont élevées sans que le cheval ait mangé, parfois la réaction insulinique est très faible ou très forte, … C’est pour cette raison qu’une seule prise de sang ne permet jamais d’exclure une DI, les faux-négatifs sont courants.
Les examens de choix sont les “test dynamiques” qui mesurent l’évolution d’un paramètre avant et après l’administration d’un produit.
Les tests oraux visent plus particulièrement la DI. Leur principe consiste à vérifier la réponse de sécrétion d’insuline suite à une administration orale de glucose. Les chevaux atteints de DI vont y réagir avec un taux d’insuline pathologiquement élevé après le “repas”.
Test de glucose oral (OGT) et l’oral sugartest (OST)
L’idée est de donner au cheval une quantité définie de glucose après avoir passé la nuit à jeun. Il existe plusieurs « recettes” :
- un mélange de glucose dilué dans de l’eau puis mélangé à du son de blé et des fibres de luzerne ;
- de la poudre de glucose diluée et administrée par une seringue buccale ou sonde naso-gastrique ;
- du sirop de maïs administré par seringue buccale.
On prélève ensuite du sang quelques heures après l’ingestion complète de la dose de glucose et on mesure les taux de glucose et d’insuline.
Le jeûne est censé améliorer l’appétence de l’aliment (parce ce que le cheval a faim) et uniformiser le temps de passage de la nourriture dans l’intestin. Mais les recherches de François-René BERTIN sur les effets du jeûne dans le contexte de ces tests ont trouvé qu’un jeûne de plusieurs heures peut diminuer la sensibilité à l’insuline.
Les tests intraveineux sont adaptés à la détection d’une RI.
Le test de simulation de l’insuline (IST)
Une première prise de sang mesure le taux de glucose de base dans le sang, puis on injecte une dose d’insuline. Chez un cheval sain, elle va provoquer une baisse du taux de glucose d’environ 50% en une demi-heure. Chez les chevaux souffrant de RI, la baisse va être retardée, car leurs cellules réagissent moins à l’insuline.
Cette méthode ne requiert pas de jeûne – au contraire, pour éviter une hypoglycémie suite à l’administration de l’insuline, il faut que le cheval ait pu manger en amont. Pour la même raison, le protocole de test prévoit de lui donner du sucre pur ou un repas riche en glucides directement après la deuxième prise de sang.
Test combiné glucose-insuline (CGIT)
Ce test, beaucoup plus complexe que le IST, commence aussi par mesurer le taux de glucose de base dans le sang. On administre ensuite par perfusion du glucose et, directement à la suite, de l’insuline. Puis on peut effectuer des prises de sang toutes les 10 minutes jusqu’à 2 heures et demie après la perfusion, le taux de glucose à 45 minutes étant la plus parlante. C’est à ce moment-là que les chevaux sains auront de nouveau atteint leur taux de glucose de base. Les chevaux avec une RI montrent une baisse retardée. La documentation de l’évolution du taux au-delà des quarante-cinq minutes reste intéressante chez ces chevaux. Une fois les mesures thérapeutiques mises en place, la comparaison des résultats d’un nouveau test CGIT vont permettre d’évaluer leur efficacité.
D’autres mesures … pas toujours parlantes
- L’insuline comme seul paramètre : il arrive que la concentration d’insuline dans le sang n’augmente qu’une fois que les symptômes soient importants et que la fourbure se soit déjà déclarée. A elle seule, la mesure de l’insuline n’est donc pas adaptée à une détection précoce d’un SME.
- Cortisol : même chez le cheval sain, le taux de cortisol est soumis à des variations parfois importantes selon l’heure de la journée, ou encore l’état de stress, de douleur ou de dépression du cheval.
- Triglycérides : La “déclaration de consensus” sur le SME de 2019 mentionne que les animaux SME ont parfois un taux de triglycérides plus élevé. Cette élévation corrèle avec un risque plus important de développer une fourbure. Mais les variations sont assez faibles et irrégulières, c’est pourquoi les chercheurs ne recommandent pas ce paramètre comme test diagnostique.
- Marqueurs inflammatoires : sans surprise, on trouve souvent chez le cheval SME un taux augmenté de sérum amyloïde A (SAA), en raison des processus inflammatoires en cours. F. GIRADRI suggère d’autres protéines dites “de phase aiguë” (céruléoplasmine, a1-antitrypsine, haptoglobine) comme de nouveaux marqueurs potentiels, car leur taux est plus élevé chez des chevaux en surpoids.
Quoi de neuf, docteur ?
L’étude préliminaire de E. M. ESPNIOZA-LOPEZ a dénombré 76 protéines dans le plasma sanguin qui diffèrent de façon significative entre des chevaux sains, en surpoids mais sans DI, et diagnostiqués SME. Certaines de ces protéines pourraient donc devenir, à terme, des biomarqueurs pour le diagnostic du SME.
En revanche, les travaux de Carly McGUIRE ont conclu que le dosage de la protéine appelée “activine A” n’était pas pertinent pour diagnostiquer une DI ou un risque accru de fourbure. Bien que son taux s’élève à la suite d’un OST et semble être lié à la note d’état corporel, les chercheurs n’ont pu détecter aucun lien entre les quantités d’activine A et des marqueurs métaboliques comme l’insuline.
Gérer le syndrome métabolique au quotidien
Bonne nouvelle : la recherche avance vite et nous disposons aujourd’hui de nombreuses études sur la gestion du SME ! De l’ajustement précis de l’alimentation aux compléments ciblés, en passant par les dernières solutions médicamenteuses, la science nous offre des leviers concrets pour agir. Faisons ensemble le point sur ces avancées scientifiques qui changent le quotidien de nos chevaux. Le fil rouge de la prise en charge s’appuie essentiellement sur deux leviers : la nutrition et l’effort physique. Les médicaments et autres mesures complémentaires peuvent venir en appui, mais à eux seuls, ils ne sont pas efficaces sur le long terme.
Stratégies d’alimentation
L’alimentation d’un cheval atteint de SME poursuit deux buts principaux : une perte de poids et la réduction au minimum possible des pics d’insuline pour que l’organisme puisse retrouver un fonctionnement métabolique (plus) normal.
La diète n’est pas une solution
La perte de poids doit se faire lentement mais continuellement. L’idéal est une ration avec un léger déficit en énergie mais suffisamment riche en autres nutriments, et dans une quantité qui permette au moins un début de satiété.
Si on met en place une diète trop restrictive, le cheval risque de développer une hyperlipidémie. L’hyperlipidémie est un mécanisme d’urgence que le corps utilise quand il se trouve en déficit énergétique important ou pendant trop longtemps. Il va alors commencer à libérer massivement les graisses stockées dans les cellules adipeuses pour pouvoir en tirer de l’énergie. Ces graisses vont se retrouver en trop grande quantité dans le sang et peuvent créer une cardiopathie.
Une diète sévère va aussi créer du stress au cheval. N’oublions pas que la plupart des chevaux SME ont un sentiment de faim et de satiété perturbés. Restreindre leur accès à la nourriture de façon trop importante serait contreproductif, puisque le stress contribue à entretenir les dérèglements liés à la maladie.
Une fois le nouveau poids de forme atteint, le cheval doit impérativement le conserver sur le long terme. S’il a souffert auparavant d’un SME, il aura toute sa vie tendance à prendre du poids très facilement dès que l’alimentation contient trop d’énergie ou qu’il en dépense moins.
Tanja HESS et ses collègues ont étudié l’effet de la fréquence des repas de compléments sur la glycémie et le taux d’insuline chez des Quarter Horses entre 2 et 3 ans d’âge. Les résultats des tests de glucose oral effectués en début d’essai, puis après 1 et 2 mois suggèrent que le fractionnement de la ration de compléments en 20 petites portions journalières allège les pics d’insuline après-repas. Les chevaux participant à l’étude étaient tous sains ; il reste donc à prouver que la répartition des repas aura le même effet bénéfique chez des chevaux souffrant de dérèglement métabolique.
Les protéines
Nous avons vu que le SME provoque une perte de cellules musculaires et des inflammations, qui sont d’autant plus importantes que le cheval bouge peu. Pour maintenir le mieux possible la masse musculaire et fournir les “matériaux de construction” nécessaires pour le renouvellement des tissus, un cheval atteint a en réalité un besoin légèrement accru en protéines. Attention, certaines sources de protéines peuvent en même temps contenir une quantité non négligeable de glucides rapidement disponibles – mieux vaut donc se faire conseiller pour faire le bon choix. N’oublions pas non plus qu’un excès de protéines dans la ration peut également dérégler la flore intestinale et engendrer des problèmes de reins. Il est donc toujours recommandé de faire intervenir un nutritionniste équin avant de modifier la ration de votre cheval SME.
Les matières grasses : huiles et compagnies
Les matières grasses peuvent être intéressantes quand le cheval, bien qu’il souffre de dérèglement métabolique, a tout de même besoin d’une certaine quantité d’énergie. C’est par exemple le cas quand il a perdu suffisamment de poids pour reprendre une activité physique plus intense.
Les matières grasses ne créent pas de stimulation directe de la sécrétion d’insuline et contribuent au sentiment de satiété. D’ailleurs, les oméga 3 pourraient aider à une meilleure gestion du glucose, on en parle dans cet article.
Attention tout de même de ne pas exagérer avec les quantités et de les introduire progressivement dans la ration pour ne pas perturber la digestion et la flore intestinale. L’utilisation des matières grasses en quantités importantes nécessite aussi de contrôler et au besoin d’ajuster les apports en vitamines E, C et en sélénium qui sont des protecteurs contre le stress oxydatif.
Les minéraux
La RI est souvent associée à une production d’urine augmentée qui fait perdre au cheval davantage de minéraux hydrosolubles. On présume également que les différents dérèglements métaboliques et inflammatoires perturbent la résorption des micro-nutriments en général. Un apport déficitaire dans l’alimentation est donc à éviter à tout prix, tout comme des apports trop importants qui peuvent devenir toxiques et surcharger inutilement le métabolisme.
Alimentation et lean EMS
L’alimentation d’un cheval lean EMS est un défi particulier : il doit recevoir suffisamment de calories pour couvrir ses besoins en énergie qui sont souvent bien plus élevés que chez des races plus rustiques. Mais en même temps, ces calories doivent être apportées sous une forme qui n’empire pas le dérèglement insulinique.
Les fourrages
Les fourrages doivent constituer la majeure partie de l’alimentation, encore plus que chez les chevaux sains. Ils sont digérés dans le gros intestin par la flore microbienne et constituent une source d’énergie qui n’a pas besoin d’insuline pour être résorbée par l’organisme du cheval.







