
On traite très souvent les juments et les hongres différemment aux écuries. La faute à un préjugé tenace : « Une jument c’est toujours d’humeur variable, il faut tout leur demander avec des pincettes ! »
Mais que dit réellement la science sur les différences de comportement et de caractère entre les sexes chez le cheval ?
Ce que disent les études sur le comportement des chevaux
Pour démêler le vrai du faux, des chercheurs australiens ont mené une vaste enquête auprès de 1 233 cavaliers et entraîneurs expérimentés (+8 ans de pratique). Voici les seules différences comportementales significatives relevées entre juments et hongres :
- Au pré / à l’attache : Les juments ont davantage tendance à bouger lorsqu’on essaie de les attraper. De leur côté, les hongres ont plus tendance à mâchonner leur longe ou à mordre leur couverture.
- Au travail monté : Aucune différence significative n’a été observée entre juments et hongres.
« Problème d’ovaires » ou douleur cachée ?
Récemment, une étude de l’Université d’Helsinki (analysant près de 15 000 dossiers vétérinaires) s’est penchée sur les chevaux présentés pour des troubles du comportement attribués aux chaleurs.
Les résultats remettent complètement en question nos a priori :
- Un mythe sur le cycle sexuel : Plus de 57 % des juments emmenées en consultation pour des « chaleurs excessives » ou un mauvais caractère étaient en réalité en diestrus (la phase où la jument n’est absolument pas en chaleur).
- Coliques et douleurs : Les coliques récurrentes et les inconforts urinaires se sont révélés plus fréquents chez les hongres que chez les juments.
- Agressivité et baisse de performance : L’agressivité des juments était très souvent liée à des troubles orthopédiques (boiteries, douleurs dorsales) ou à des pathologies internes, et non à un problème ovarien.
En clair : tous les problèmes de comportement ne viennent pas des ovaires !
Que faire si votre jument change de comportement pendant ses chaleurs ?
Il reste vrai que le cycle œstral peut provoquer des tensions musculaires ou un transit plus lent. Si votre jument montre de l’inconfort pendant ses chaleurs :
- Laissez-lui de l’espace et adaptez les séances de travail.
- Massez doucement la région lombaire pour la soulager – je vous explique tout cela dans cet article.
- Demandez un bilan vétérinaire complet : reproductif (endométrite etc), mais aussi orthopédique et ostéopathique.
Mon avis : arrêtons de tout mettre sur le dos des hormones
On a trop souvent le réflexe de dire : « C’est une jument, elle colle à la jambe ou pointe les oreilles, c’est normal. »
En faisant cela, ne passe-t-on pas à côté d’une vraie douleur ? Si un hongre présentait exactement les mêmes réactions (défenses au travail, agressivité, baisse de forme), nous ferions immédiatement venir le vétérinaire ou l’ostéopathe. Pourtant, parce qu’il s’agit d’une jument, on remet trop facilement la faute sur son « caractère ».
Avant d’incriminer les hormones, gardons en tête qu’un comportement indésirable est presque toujours le symptôme d’un inconfort physique.
Mon anecdote
La photo que je vous ai mise est celle de la belle Disney. Disney, qui en revenant de quelques mois d’entraînement intense ne voulait plus qu’on la touche, oreilles en arrière quand on la regardait, « une jument quoi ».
Après plusieurs séances de massage, sa propriétaire a commencé à observer un changement radical. Disney devenait beaucoup plus sociable, elle acceptait les caresses, le pansage devenait même une partie de plaisir !!
Ne mettez pas les mauvaises réactions de votre jument sur son sexe, en vrai, elle a peut-être une gêne ou une douleur qui la fait souffrir et qui crée ces réactions.
Études
Fenner, K., Hyde, E., Connor, B., Wilson, A. C., & McGreevy, P. D. (2020). Reported behavioural differences between geldings and mares challenge sex-driven stereotypes in ridden equine behaviour. Animals,
Kareskoski, A.M. 2026. Decoding moody mare syndrome: Retrospective study and tiered diagnostic framework. Journal of Equine Veterinary Science 160:105850.







