Gérer la piroplasmose grâce à l’alimentation

Piroplasmose chez le cheval

Les piroplasmoses équines (ou « piros ») s’imposent aujourd’hui comme une menace parasitaire grandissante dans nos écuries. Qu’il s’agisse d’une augmentation réelle de la présence des tiques ou d’une amélioration des méthodes de diagnostic vétérinaire, le constat est le même : de plus en plus de propriétaires y sont confrontés. Pourtant, la piroplasmose demeure une maladie complexe, souvent mal comprise, dont les enjeux dépassent largement la simple morsure de tique ou l’administration d’un traitement d’urgence. Il est donc essentiel de comprendre cette maladie afin de pouvoir accompagner votre cheval du mieux possible. Dans cet article, nous vous donneront toutes les clés pour l’aider en gérant son alimentation. Car oui, la maladie modifie les besoins nutritionnels de votre cheval.

Sommaire :

Des causes précises aux pièges du diagnostic

La maladie est causée par deux protozoaires parasites distincts — Theileria equi et Babesia caballi. B. caballi s’attaque directement aux globules rouges du cheval, alors que T. equi s’en prend d’abord aux cellules immunitaires (macrophages et lymphocytes) avant de passer aux globules rouges. Transmis principalement par les tiques (lorsqu’elles restent ancrées plus de 24 heures), mais aussi par voie placentaire de la jument au fœtus ou, plus rarement, sanguine (matériel non stérile, transfusion), ces parasites se multiplient dans les cellules sanguines jusqu’à en provoquer l’explosion. Cette destruction massive des cellules rouges crée une hémolyse et déclenche une cascade de symptômes très variables : de la crise aiguë mortelle en 24 à 48 heures (fièvre, jaunisse/muqueuses pâles, anémie, abattement, perte d’appétit, coliques) à des formes chroniques plus insidieuses (fatigue, baisse de forme, perte de poids).

La prise de sang

Le premier piège réside dans le diagnostic. Tous les symptômes pouvant être confondus avec d’autres pathologies ou une simple parasitose interne, la prise de sang est indispensable. Pour autant, interpréter ces analyses demande de la finesse :

  • La PCR détecte directement l’ADN du parasite (infection active).
  • La sérologie révèle la présence d’anticorps (réponse immunitaire face à une infection présente ou passée).

Les études biochimiques récentes montrent d’ailleurs que chaque parasite altère le sang différemment (variations du sodium, des triglycérides ou de la bilirubine) et qu’il n’existe pas encore de biomarqueur unique permettant de poser un diagnostic à 100 % certain. De plus, de nombreux chevaux sont des porteurs sains tout au long de leur vie. Un test positif en sérologie lors d’une baisse de forme peut parfois masquer une autre cause sous-jacente (comme un terrain acide ou un déséquilibre intestinal).

Les limites des traitements lourds et la nécessité d’un soutien global

Face à une crise aiguë, l’intervention vétérinaire est une urgence vitale. Le traitement de référence (notamment à base d’imidocarbe/Carbésia) permet d’éliminer le parasite ou d’en juguler l’attaque, mais il présente des risques d’effets secondaires non négligeables (coliques, insuffisance rénale, diarrhées). De plus, dans le cas de Theileria equi, le parasite a la capacité de se réfugier dans les tissus profonds. Le cheval reste alors porteur à vie, s’exposant à des risques de rechute dès qu’un stress, un effort intense ou une baisse d’immunité survient.

Dès lors, la lutte contre la piroplasmose ne peut pas reposer uniquement sur une réponse médicamenteuse après coup. Elle impose d’adopter une stratégie globale axée sur deux piliers :

  1. La prévention externe : Inspection quotidienne, retrait méticuleux des tiques (en tournant d’un quart de tour sans comprimer l’abdomen), gestion des pâtures, répulsifs adaptés et arbitrage raisonné face aux antiparasitaires chimiques.
  2. Le soutien interne du cheval : Soutenir les organes, notamment le foie et reconstituer les réserves de l’organisme tout en évitant les erreurs fréquentes (comme la supplémentation en fer, qui s’avère toxique et peut aggraver la piroplasmose).

L’article ci-dessous va surtout se concentrer sur le rôle de la nutrition, de ses possibilités mais aussi (et surtout) de ses limites, dans le contexte d’une piro.
Mais pour tout savoir sur cette maladie, le rôle des tiques ou encore nos recettes de sprays aux huiles essentielles (ou autres) pour éviter les piqûres, découvrez un article complet ici.

La nutrition et l’immunité au cœur de la stratégie

C’est précisément là que la gestion du quotidien prend tout son sens. Si l’on ne peut pas toujours éviter le contact avec le parasite, la réponse de l’organisme dépend de la solidité du terrain biologique du cheval. Un système immunitaire performant repose avant tout sur un statut nutritionnel optimal et une flore intestinale équilibrée. Alors découvrons tout de suite ce que la science a mis en lumière.

Les processus pathophysiologiques des piroplasmoses et leur impact sur les besoins alimentaires

Annonçons la couleur d’entrée de jeu : ni l’alimentation ni la phytothérapie n’auront un effet direct sur les pathogènes des piroplasmoses. Ils ne devront par conséquent jamais remplacer un traitement médicamenteux quand celui-ci est nécessaire.

En revanche, ils ont toute leur place dans une approche de soutien de l’organisme, et ce même en prévention.

L’étude de l’équipe italienne de Diego PIANTEDOSI a trouvé que, chez les ânes, une note d’état corporel en-dessous de 3 sur 5 (échelle du Donkey Sanctuary) constituait un facteur de risque pour une infection avec Theileria equi. Cela s’explique très simplement par le lien entre une alimentation adaptée avec un système immunitaire pleinement fonctionnel. Il n’y a pas de raison que ce soit différent chez les autres équidés.

Pathophysiologie de la piroplasmose

Quand le cheval s’est infecté, voici les processus (patho-)physiologiques qui vont se dérouler et qui pourront bénéficier d’un soutien par la nutrition :

  • Le système immunitaire est fortement sollicité
  • Des cellules sanguines et immunitaires sont détruites par les pathogènes
  • Le foie et les reins sont très sollicités par le traitement des « déchets » crées par la destruction de cellules et de pathogènes ainsi que les médicaments. L’élimination de l’imidocarbe se fait essentiellement par les reins et sa métabolisation dans l’organisme est relativement lente
  • Le stress oxydatif s’intensifie par l’activité augmentée des cellules immunitaires qui libèrent des radicaux libres pour éliminer les pathogènes
  • Les médicaments peuvent perturber la flore intestinale

Chez d’autres espèces, une élévation de seulement 1° C de la température corporelle a entraîné des besoins nutritionnels plus élevés. Cet effet n’a pas été étudié chez le cheval, mais on peut raisonnablement supposer que ce soit aussi le cas, notamment en cas de fièvre.

Un cheval atteint de piroplasmose a donc besoin :

  • D’énergie pour couvrir son besoin habituel PLUS celui crée par la maladie infectieuse
  • De « matériaux de construction » pour réparer ou reconstruire les tissus endommagés par les pathogènes ou les médicaments (globules rouges, cellules immunitaires, foie) ou encore pour reconstruire des cellules musculaires qui ont été déconstruites pour en extraire des acides aminés pour produire davantage de cellules immunitaires et des protéines de phase aiguë (marqueurs inflammatoires)
  • De nutriments pour assurer une bonne fonction immunitaire même dans les conditions difficiles d’une maladie infectieuse
  • Éventuellement de substances pour soutenir la flore intestinale

Physiologie nutritionnelle

Du point de vue de la physiologie nutritionnelle, on peut donc en déduire des besoins supplémentaires en énergie, protéines, antioxydants et micro-nutriments co-acteurs du système immunitaire (zinc, sélénium, vitamine E, vitamine C, vitamines du groupe B).

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