
Aujourd’hui, la gestion des parasites est au cœur des préoccupations des propriétaires de chevaux. Face à l’augmentation des résistances aux molécules classiques, il est de plus en plus courant d’utiliser un vermifuge naturel pour cheval ou de réaliser des coproscopies équines régulières afin de cibler au mieux les traitements. Mais quelles sont les réelles limites de ces techniques ? L’alimentation peut-elle véritablement aider à moduler l’infestation parasitaire ?
Pour faire le tri entre fausses promesses et solutions concrètes, il faut impérativement soulever le capot de la recherche scientifique. Car il y a un monde entre ce qui fonctionne en éprouvette dans un laboratoire (in vitro) et la réalité biologique du cheval vivant (in vivo). Avant de bousculer le protocole de soins de votre compagnon, découvrez ce que la science dit vraiment sur l’efficacité des alternatives naturelles sur le terrain.
- La coproscopie
- Vermifuges chimiques et résistance
- Les vermifuges naturels : plantes et champignons
- La flore intestinale et les vers
La coproscopie
La coproscopie (ou examen coprologique) est une analyse médicale simple, rapide et non invasive qui consiste à analyser un échantillon de crottins au microscope.
Dans le monde équin, c’est l’outil indispensable de la vermifugation raisonnée. Son objectif principal est de détecter la présence, la nature et la quantité d’œufs de parasites (principalement les petits et grands strongles) rejetés par le cheval.
Pour réaliser une copro de « qualité », il faut idéalement :
– Prendre plusieurs échantillons de crottin à plusieurs moments de la journée
– Si possible, que les crottins n’aient pas touché le sol afin d’éviter une contamination
La coproscopie n’est pas toujours sûre !
La coproscopie est un outil formidable, mais elle a des angles morts. Elle ne détecte que les œufs pondus par les parasites adultes. Elle ne permet pas de voir les larves en cours de migration dans l’organisme du cheval, ni certains parasites spécifiques (comme les ténias ou les oxyures) dont la ponte est irrégulière ou se fait à l’extérieur des crottins.
C’est aussi le cas du petit strongle. Celui-ci a également la capacité de s’enkyster, dans ce cas, il se met dans une coque protectrice et peu rester dormant de quelques mois jusqu’à 2 ans !! Le strongle peut s’enkyster dans le sol, mais aussi dans l’intestin de votre cheval. Le fait qu’il soit enkysté n’est en soi pas dramatique. Ce qui pose problème c’est, quand les vers se réveillent. Cela crée une inflammation de la muqueuse intestinale mais surtout, le cheval se retrouve avec de nombreux parasites actifs. Il y a alors inflammation, déséquilibre de la flore intestinale, possibilité de douleurs avec risque de coliques ou diarrhées. Tous les ans, des chevaux meurent à la suite d’une infestation de vers enkystés. C’est pourquoi un protocole de vermifugation annuel inclut généralement au moins un traitement systématique en fin d’automne, même avec des coproscopies négatives.
Résistance aux vermifuges chez le cheval : ce que révèle la première étude d’ampleur en France
Les cyathostomes (ou petits strongles) sont aujourd’hui les parasites digestifs les plus abondants chez les chevaux, peu importe leur âge ou la saison. Il en existe plus de 50 espèces différentes, et un même cheval est souvent contaminé par 15 à 20 espèces simultanément !
En temps normal, les petits strongles sont considérés comme peu pathogènes. Cependant, lorsque les larves enkystées dans la paroi intestinale émergent massivement (souvent en raison de facteurs saisonniers), elles peuvent déclencher une cyathostominose larvaire. Cette affection grave se traduit par des diarrhées foudroyantes, une déshydratation sévère et des coliques graves, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 50 % chez les jeunes chevaux.
Face à cette menace, la stratégie historique consistant à vermifuger « à l’aveugle » plusieurs fois par an a créé un problème majeur : l’émergence de parasites résistants.
Une étude inédite alerte sur la résistance en France
Pendant trois ans, une étude d’ampleur (Brucelle et al, 2026) a évalué l’efficacité des quatre grandes molécules anthelmintiques disponibles en France (fenbendazole, pyrantel, ivermechtine et moxidectine) grâce à des tests de réduction de l’excrétion d’œufs fécaux (FECRT). Menée sur 749 équidés répartis dans 70 structures, cette étude a apporté la première preuve officielle en France d’une résistance avérée aux quatre molécules :
- Fenbendazole : Résistance détectée dans 89 % des groupes testés (88 % des structures).
- Pyrantel : Résistance détectée dans 68 % des groupes testés (71 % des structures).
- Ivermechtine : Résistance détectée dans 27 % des groupes testés (27 % des structures).
- Moxidectine : Résistance détectée dans 23 % des groupes testés (22 % des structures).
L’apparition de résistances aux lactones macrocycliques (ivermectine et moxidectine), qui étaient jusqu’alors les molécules de référence les plus solides, est un signal d’alarme critique pour la filière équine.
Pourquoi est-il urgent de changer nos habitudes ?
L’utilisation répétée des mêmes familles de vermifuges et le sous-dosage (souvent lié à une mauvaise estimation du poids du cheval) ont accéléré la sélection de populations de parasites résistants. On n’y pense pas, mais sous dosé volontairement, ce n’est pas aider votre cheval, au contraire.
Face à ce constat, les chercheurs et vétérinaires appellent à une évolution urgente de la réglementation et des pratiques : passer à la vermifugation raisonnée (ou ciblée).
Les bons réflexes à adopter dès maintenant :
- Coprologie systématique : Ne vermifugez plus par habitude. Effectuez des analyses de crottins (coprologies) pour ne traiter que les chevaux réellement fort excréteurs d’œufs.
- Choix de la bonne molécule : Adaptez le produit aux résultats de la coprologie et au protocole validé avec votre vétérinaire.
- Poids précis : Pesez ou estimez au plus juste le poids de votre cheval (ruban barymétrique) pour éviter tout sous-dosage.
- Gestion des pâtures : Le ramassage régulier des crottins au pré reste le moyen le plus efficace pour réduire la pression parasitaire sans créer de résistance chimique.
- Passer aux vermifuges naturels ? Peut-être pas, je vous en parle juste juste dessous.
Les vermifuges naturels

Ils sont de plus en plus répandus et ils me font peur. En effet, on en trouve de plus en plus sur le marché et beaucoup n’ont pas fait leur preuve. L’ail et le curcuma ont échoué les tests lorsque les chercheurs se sont penchés dessus. En un an, 3 chevaux de clients se sont retrouvés en colique suite à des infestations parasitaires qui ont engendré des complications. Donc s’il vous plaît, parlez-en à votre vétérinaire, le naturel c’est bien, mais malheureusement ça ne guérit pas encore tout chez nos amis à 4 pattes.
Additifs naturels contre les vers : l’illusion du laboratoire face à la réalité du terrain
Face à l’explosion des résistances aux vermifuges chimiques traditionnels, la recherche de solutions alternatives est devenue une priorité absolue pour la santé de nos chevaux. Parmi les pistes explorées, l’utilisation d’additifs alimentaires naturels issus de plantes (comme les terpènes) suscite un immense intérêt. Une étude récente s’est penchée sur plusieurs de ces composés (Anethole, L-menthol, thymol, eugenol, carvacrol et cinnamaldéhyde) pour évaluer leur double potentiel : éliminer les parasites tout en renforçant l’immunité du cheval.
Si les résultats sur le papier font rêver, la réalité scientifique nous rappelle à la prudence. Pour comprendre pourquoi, il faut décrypter deux termes indispensables : le « In Vitro » et le « In Vivo ».
Le mirage du In Vitro (En laboratoire)
In vitro signifie littéralement « dans le verre ». On teste le produit directement sur les parasites ou sur des cellules isolées, dans des boîtes de Pétri en laboratoire.
Lors de cette phase, deux composés ont brillé : le cinnamaldéhyde (issu de la cannelle) et le carvacrol (présent dans l’origan). En laboratoire, ils ont fait des merveilles : ils ont bloqué le développement et la migration des larves de petits strongles, modifié la structure de leur communauté et ont même montré une puissante action anti-inflammatoire et antioxydante sur les cellules immunitaires équines.
À ce stade, on pourrait crier à la solution miracle. Et pourtant…
L’épreuve de vérité : le In Vivo (Sur le cheval vivant)
In vivo signifie « au sein du vivant ». C’est le moment où l’on administre le produit directement au cheval, via son alimentation, pour observer ce qui se passe réellement dans son organisme.
Et c’est là que le bât blesse. Les chercheurs ont mené une étude in vivo en nourrissant des chevaux avec du cinnamaldéhyde pendant 28 jours. Le verdict ? Aucun effet. L’excrétion des œufs de parasites n’a pas diminué d’un poil, et aucun changement n’a été observé sur les profils sanguins des chevaux.
Pourquoi une telle différence, et pourquoi est-ce dangereux ?
Il y a un gouffre immense entre une efficacité prouvée dans une boîte en verre et la réalité du système digestif d’un cheval. Entre-temps, le produit est digéré, métabolisé par le foie, dilué, et il atteint rarement sa cible avec la même concentration qu’en laboratoire.
Ce qu’il faut retenir pour la santé de votre cheval : Utiliser des produits ou des additifs « naturels » sous prétexte qu’ils ont « gagné une bataille » en laboratoire (in vitro) ne garantit absolument pas la protection de votre cheval dans la vraie vie (in vivo). En pensant bien faire et en remplaçant un protocole validé par une solution non éprouvée sur le terrain, vous risquez de laisser votre cheval sans aucune défense face à une infestation massive de parasites.
Pour préserver la santé et le système digestif de vos chevaux, exigez des faits, de la rigueur, et utilisez impérativement des substances ayant solidement fait leurs preuves in vivo. La nature regorge de ressources, mais seule la science sur le terrain nous dit comment les utiliser en toute sécurité. Et c’est d’ailleurs de quoi nous allons parler maintenant !
Lutter contre les ascarides au naturel
Différents types de vers ronds infectent les chevaux dont les ascarides. Les jeunes chevaux sont plus sensibles au parasitisme bien souvent à cause d’une déficience immunitaire. Ce vers engendre un amaigrissement, bien souvent une anémie et un poil de mauvaise qualité. Il est courant qu’une colique puisse survenir chez l’animal parasité (Goncalves et al., 2002). Comme le naturel est à la mode et qu’il y a de plus en plus de résistance aux vermifuges, des chercheurs ont voulu savoir si certaines plantes spécifiques fonctionnaient. Et pour une fois, on va peut-être avoir une bonne nouvelle, je vous laisse découvrir l’étude !







